Malade de pouvoir!
Un rappeur s’autoproclame le plus grand artiste de tous les temps. Une sportive d’élite ridiculise son coach et ses coéquipières. Un chef d’État en humilie publiquement un autre.
Le point commun ? Le syndrome d’hubris, une sorte d’intoxication au pouvoir qui se traduit par un mépris des autres, une arrogance et un orgueil démesurés.
Ce trouble a été décrit pour la première fois en 2008 par le médecin et
politicien britannique David Owen. Cependant, le mot « hubris » trouve ses racines dans la Grèce antique. Il s’illustre entre autres dans le récit d’Icare. Enivrée par sa capacité de voler, cette figure de la mythologie défie les avertissements, les dieux et les lois de la nature. Icare s’approche trop près du soleil et périt.
Au-delà de la métaphore, des scientifiques proposent maintenant d’inclure le syndrome d’hubris parmi les diagnostics psychiatriques officiels. Ce leadership destructeur guette toute personne en position d’autorité prolongée, que ce soit en politique, en entreprise, dans le milieu des arts, du sport ou même sur les réseaux sociaux. Cependant, les symptômes s’atténuent lorsque la personne n’est plus en position de pouvoir.
À travers l’histoire, plusieurs personnalités ont été associées au syndrome d’hubris, dont Jules César, Napoléon Bonaparte, Margaret Thatcher ou George W. Bush.

Sous le microscope
En position d’autorité, les comportements changent. Et pas toujours pour le mieux ! Ces trois études scientifiques le démontrent.
1. Que des miettes !
Vous devez accomplir une tâche administrative en équipe de trois. Un membre du groupe est désigné responsable. Au cours de votre mission, on vous offre quatre biscuits. Qui aura celui en trop ?
D’abord effectuée en 1998 à l’Université de Californie à Berkeley, cette étude surnommée Cookie Monster a été reproduite plusieurs fois. En règle générale, la personne responsable s’empare spontanément du quatrième biscuit.
« Pire, elle est plus susceptible de manger la bouche ouverte en faisant du bruit et en faisant tomber des miettes partout, raconte Dacher Keltner, responsable de l’étude originale. En position de pouvoir, on se préoccupe moins de ce que les autres pensent de nous. »
2. J’obéis aux ordres !
Dans un jeu télévisé, une candidate pose des questions à son coéquipier. Pour chaque mauvaise réponse, elle doit lui infliger une décharge électrique de plus en plus forte. Pour gagner, le duo doit passer au travers des 27 questions, malgré la douleur.
L’animatrice les encourage à continuer et galvanise le public qui, à son tour, exhorte les candidat·e·s à poursuivre le jeu jusqu’au bout.
Résultat : 72 % des individus ont envoyé la décharge électrique la plus puissante. Ils ignoraient alors qu’il ne s’agissait pas d’un jeu, mais de l’expérience de Milgram. L’animatrice était dans le coup, tout comme les personnes interrogées, qui faisaient semblant de recevoir les décharges électriques.
Diffusé en France en 2010, le documentaire Le jeu de la mort s’inspire d’une célèbre étude en psychologie sociale menée à l’Université de Yale en 1961. L’expérience de Milgram a été maintes fois reproduite, avec des taux de soumission allant jusqu’à 90 %. Elle a pour objectif de nous faire réfléchir à notre soumission au pouvoir, même quand on nous pousse à agir de manière immorale.
3. Miroir, dis-moi qui a le pouvoir…
Comme les comportements, l’activité du cerveau change aussi en position
de pouvoir. En 2014, une équipe de recherche canadienne a évalué l’effet du
pouvoir sur les neurones miroirs. Ceux-ci s’activent lorsqu’un individu exécute
une action ou lorsqu’il observe une autre personne exécuter une action. Les neurones miroirs jouent un rôle important dans l’apprentissage par imitation,
mais aussi dans l’empathie et la détection de la souffrance des autres.
Lors de l’étude, les personnes volontaires se sont vu attribuer un niveau de pouvoir faible, neutre ou élevé. Elles ont ensuite regardé des vidéos d’une main serrant une balle. Plus les volontaires avaient de pouvoir, plus l’activité des neurones miroirs étaient faible.
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